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  • claramoley

"Je ne suis pas une bonne élève"

Bonjour! Je suis Clara et dans ces formats courts, je fais un focus sur les thèmes clés des Règles du jeu. Un angle nouveau sur les grandes notions à l’origine des inégalités au travail pour les redéfinir, se les approprier, renverser les perspectives et lâcher les chevaux! (Me suivre sur Medium)





“J’ai été trop bonne élève”, “j’ai fait ma bonne élève”, “j’ai le syndrome de la bonne élève”, … Longtemps perçue comme un atout, l’expression, employée dans le contexte professionnel, devient tout à coup négative. Elle sonne comme un regret, un manquement, comme une insuffisance. On aurait pu, on aurait dû mieux faire mais quelque chose nous a freinées, on a été retenues.

Pire encore, elle agace, cette expression, elle réduit. Elle renvoie à une féminité infantile, trop polie, trop gentille, effacée, pas prête, pas préparée, et qui à la première difficulté risque de se faire avoir, de se laisser berner, et bien souvent, on ne s’y reconnait pas. Trop simpliste bien sur, et pourtant…

Si cette figure de la “bonne élève” a donné son nom à un syndrome, c’est parce que chiffres et études sont unanimes: il existe bien une famille d’attitudes, une catégorie de comportements — qualifiés dans Les règles du jeu de “freins intérieurs” — qui constituent une vraie barrière à l’ascention professionnelle de nombreuses femmes. Et il apparait d’ailleurs nettement que le fait d’avoir été un jour une bonne élève n’offre aucune garantie une fois poussée la porte du monde professionnel.

Pour s’en convaincre, quelques chiffres: en France en 2015, les femmes représentent 56% des bacheliers généraux, et détenaient à 49% un diplôme d’études supérieures vs. 40% pour les hommes. Mais dès deux ans de vie active, l’écart commence à se creuser: les femmes occupent à 70% un CDI vs. 83% des hommes, et l’écart de salaire avec leurs homologues masculins atteind déjà 9% à poste égal. (Etude Cereq 2019).

Plus et mieux diplomées, les femmes sont donc indubitablement “meilleures élèves”. Pourtant, une fois entrées dans le monde du travail, cet atout ne semble plus leur servir. Pire, il semble se retourner contre elles. Car il existerait même une corrélation négative entre “bonne élève” et réussite professionnelle. Alors d’où vient ce renversement? Comment expliquer que tout à coup cette force devienne faiblesse jusqu’à nous entraver tout à fait?

Pour répondre, reprenons.

La “bonne élève” telle que désignée dans Les regles du jeu n’a rien à voir avec une jeune fille candide, trop sage pour naviguer efficacement son quotidien au travail, trop naive pour décoder le monde qui l’entoure. Au contraire. En réalité, quelle que soit notre personnalité, notre rapport au monde, à l’argent ou à l’autorité, nous sommes toutes concernées: nous portons toutes en nous une bonne élève. Plus ou moins dormante, elle est à la fois celle qui nous a permis d’atteindre la fonction que l’on occupe, et celle qui peut nous empêcher d’aller plus loin.

Le point commun est qu’elle nous fait faire à toutes le même contresens: penser le monde professionnel comme le prolongement naturel du monde scolaire, et appliquer au second les méthodes et conseils qui ont fait notre réussite dans le premier.

La “bonne élève” fait un contresens: elle pense le monde professionnel comme le prolongement naturel du monde scolaire et applique au second les méthodes et conseils qui ont fait sa réussite dans le premier.

Grave erreur qui peut couter cher sur la durée car ces deux mondes sont en réalité deux univers distincts, aux dynamiques, rapports de force et règles du jeu (!) différents, sinon opposés.

Identifier la bonne élève en soi pour s’en libérer

La “bonne élève” n’est donc un atout que dans son habitat naturel. En dehors, elle encombre, elle entrave, elle freine. Alors, pour mieux la cerner et apprendre à la détecter au quotidien pour éviter d’enclancher ce méchanisme d’auto sabotage, commençons par dresser son portrait robot.

La “bonne élève” est celle qui:

  • Suppose que les bons résultats sont son principal levier de réussite;

  • Concentre ses efforts sur la satisfaction des autres (son entreprise, sa hiérarchie, son environnement professionnel);

  • S’en remet aux décisions prises par sa hiérarchie pour avancer;

  • Attend d’être remarquée et / ou promue à la hauteur de son mérite;


Pas besoin de cocher toutes ces facettes pour en ressentir les effets négatifs, malheureusement, une seule suffit. Pourquoi ? Car la réalité du monde professionnel, simple et claire, la voici:

  • Les bons résultats ne suffisent pas pour avancer;

  • Les opportunités ne sont pas les conséquences naturelles des bons résultats;

  • Les récompenses ne sont pas proportionnelles au mérite;

Pas de panique, le monde du travail n’est pas pour autant une jungle où règne la loi du plus fort, simplement un monde à part entière, aux règles du jeu particulières et dans lequel pour naviguer il faut apprendre à embrasser de nouveaux leviers de réussite.

En action: s’affranchir de la posture de l’élève

Une fois intégrée cette distinction, il s’agit de changer de posture. Comprendre quels sont les leviers adaptés au monde professionnel pour avancer, et les activer. Voici comment.

Changer de mindset : à nouveau monde, nouvelles méthodes ! Et dans ce monde nouveau, l’attitude n’est plus à la passivité mais à la prise d’initiative. S’extraire d’une posture attentiste pour devenir moteur, reponsable de son parcours sans s’en remettre aux instructions ou aux décisions des autres pour avancer.

Se décomplexer : on a le droit d’y aller ! On a le droit de tout faire pour réussir au travail de la même façon que l’on s’autorisait à tout faire pour réussir à l’école. S’autoriser à embrasser les nouveaux leviers de réussite sans freins, sans inhibition, pour progressivement les mettre en oeuvre.

Comprendre et embrasser les nouvelles règles du jeu : les leviers de la réussite ont changé. Pour avancer, il faut activer d’autres ressources que son seul travail. Il s’agit donc d’identifier ces nouvelles compétences, et de se les approprier. Demander ce que l’on veut, valoriser ce que l’on fait, négocier, sont bien des compétences qui permettent de prendre la main sur son parcours — et comme toutes les compétences, elles s’apprennent !

Passer à l’action : à chaque situation quotidienne correspondent de petites actions, micro, « too small to fail », que chacun peut mettre en place pour avancer et tirer profit de sa réalité particulière. Il s’agit de les identifier, pour activer les bons leviers, et dépasser les challenges.


***


Nous portons toutes en nous une “bonne élève”. Encombrante et inadaptée dans le monde professionnel, si elle nous a permis d’arriver là où nous sommes, c’est elle aussi qui risque de nous relentir et de nous maintenir là où l’on est. S’en défaire suppose de renverser les perspectives: le monde du travail répond à des leviers nouveaux, qu’il faut apprendre à activer pour éviter de vivre sa carrière en sourdine. La première étape consistait à en prendre conscience, la seconde à identifier précisément ces fameux leviers pour se défaire de ce comportement hérité d’un système certes familier mais qui ne correspond plus à notre réalité. C’est justemment ce que propose Les Règles du jeu, en dévoilant ces leviers et en repondant en détail à cette question fondamentale: comment se les approprier et les activer.

“Les Règles du jeu” est une série de podcasts & un livre paru chez Dunod en mars 2020. Son objectif est simple: permettre aux femmes qui travaillent de se dire “je peux le faire!”, et de le faire.

Il est disponible partout, y compris sur Amazon, la FNAC, Dunod, et depuis le 11 mai de retour dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre!

© 2020 by Clara Moley